Les Personnages de Claude H.

J’ai décidé d’inverser l’ordre du temps. Non que je me prenne pour Celui que je ne suis pas, mais ne suis-je pas le créateur de mon blog ? Maître après D. sur mon blog. Donc je m’autorise à sortir le temps de  mon blog « de ses gonds », comme dirait le vieux Will.

Tout cela devenait incompréhensible : On y parlait de personnages qui avaient disparus sans avoir été présentés. On –  et qui était ce « On » soi-disant tout puissant ? –  O, donc, les avait retrouvés. Et qui plus est dans le blog d’un décorateur de théâtre.

Bref, reprenons par le début. Et au début, il n’y avait pas le verbe comme l’affirme le Livre, ni l’action comme le prétend Faust. Au début, sur mon blog du moins, il y avait les personnages de Claude H.

Je ne met pour l’instant que l’initiale H. : cela donne un zeste de mystère et un soupçon de modernité. Claude H. n’était pas un parent éloigné de Arthur H., bien qu’il soit un parent proche de Michel H. Comprenne qui pourra. Il n’est pas non plus un cousin à la mode de Bretagne (de Brest-Litovsk pour ceux qui connaissent la géographie  nomade) de Scholem Ash. Allons levons le voile, balayons le zeste et chassons le soupçon, Claude Hazanavicius installé à Montréal depuis plus de trente ans comme Ingénieur du son dans le cinématographe est aussi sculpteur.  Vous voyez la convergence : l’ouïe et le regard.

Dans le   métro

Ses sculptures n’usurpent pas le titre générique que leur a donné l’artiste : Personnages. Elles en possèdent, en effet, tous les attributs. Leur singularité qui se révèle sous le masque (persona, en latin, signifie le masque) apparemment inexpressif, ou au contraire finement figuré, révèle leur profonde signification : leur appartenance au monde des humains, monde fragile et prégnant, monde dans lequel le phénomène de l’apparition fait émerger le sens.

L’ancrage de ces personnages, surgis dans le no man’s land de la grisaille de l’ardoise, les charge d’une attraction, d’une tension conflictuelle. Entre la profondeur des entrailles de la terre — auxquelles les rattachent leurs souliers pesants, leurs jambes et leur corps massifs­­ —  entrailles qu’ils scrutent comme si elles étaient dépositaires d’un secret qui leur échappe et un ciel inaccessible vers lequel les têtes graciles, détachées du corps, se tournent parfois, les personnages de Claude Hazanavicius semblent écartelés. Leur place  d’autochtones, individus nés de la terre, semble bien fragile et bien souvent ces personnages, à l’instar Œdipe, fils d’une lignée de boiteux, paraissent en équilibre instable sur terre. Ils paraissent déplacés : entre deux voyages ; deux exils ; deux attentes…

Leur quête paraît s’inscrire dans l’inachèvement. Quête insatisfaite, toujours renouvelée. Ces figures ne possèdent pas seulement une double appartenance : la terre sur laquelle ils cherchent à se fixer, un temps, sans trop y croire, leur valise à portée de main…, et l’horizon, celui de la transcendance ou de l’imaginaire, au-dessus d’eux, vers lequel ils cherchent un signe pour pouvoir l’habiter. Saisis dans une apparente immobilité, ces personnages sont en action. Un regard ou signal, qu’ils pourraient interpréter comme une menace, les remobilisera sur la scène de la comédie ou de la tragédie humaine. Dramatis personae comme les personnages de théâtre ou de la peinture que Diderot voyaient vivre sous le regard du spectateur, les personnages de Claude Hazanavicius prennent un sens par les résonances qu’ils provoquent chez ceux qui acceptent de croiser leur regard en se mettant à la bonne distance. Au-dessus, à côté ou en dessous d’eux. Et c’est notre humaine condition que nous percevons dans cet échange. C’est elle qui les remet en mouvement comme si l’intérêt que nous leur portons les conduisait à rejoindre une autre scène, plus hospitalière qui risque, pourtant, de se révéler tout aussi incertaine.

En créant ses personnages, Claude Hazanavicius nous dit qu’il se retrouve. En partageant, un moment, leur existence tourmentée, nous reconnaissons notre inquiétude.

Ces sculptures sont des métaphores, des vecteurs de sens. Leur pouvoir d’affectation, leur sensibilité, nous conduit à l’intelligibilité de notre condition. Nous nous sentons proches de ces personnages, dans la mesure où nous partageons leur attente et leurs espoirs.

Le charme de ces sculptures, leur grâce, ne viendrait-elle pas de leur pouvoir de nous faire comprendre, la formule par laquelle Walter Benjamin concluait son essai sur les Affinités électives de Goethe : « C’est seulement pour les désespérés que l’espoir nous a été donné » ? 

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Classé dans coup de cœur et affinités, personnages de Claude H.

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