Que nous murmurent les murs de Rio de Janeiro ?

J’aurais bien aimé prendre le bateau avec eux. Ils ne m’ont pas attendu et le bateau est parti sans moi. Heureusement, j’ai pu les retrouver au musée d’art de Rio de Janeiro, cet automne qui est d’ailleurs, au Brésil, le printemps.

Le hasard n’est pour rien dans ces retrouvailles ; seul un alignement des planètes m’a permis de venir à Rio, cette ville merveilleuse, cidade maravilhosa, comme l’appelle un grand poète  brésilien.

J’avais d’abord eu la chance, il y a près de dix ans, d’avoir vu mon livre, Culture et communication, traduit en portugais, par un collègue et ami brésilien, Laan Mendes de Barros. Un appel d’offre de l’université de l’état de Rio de Janieiro, auquel j’avais répondu a été la seconde chance : le consulat de France et l’université m’ont alors invité à passer deux mois à Rio pour y faire des conférences sur les relations entre la culture, l’art et la société.

Une fois à Rio, comment résister à son charme, à sa diversité, à la disponibilité de ses habitants ? Comment en parler sans éviter les clichés et les contradictions ? Il se trouve qu’une fois rassemblés, clichés et contradictions tissent une image qui rend compte de la magie de cette ville. Mais surtout, comment écrire sur Rio, après tous ces grands écrivains français qui ont été saisis par le charisme de Rio. 

Blaise Cendrars qui visita, dans les années 20, par trois fois le Brésil et dont l’émerveillement fut sans partage, affirmait : « Rio la seule grande ville de l’univers où le seul fait d’exister est une véritable bonheur ». Lévi-Straus, qui en dépit de la beauté de Rio, tant célébrée, conseillait « de prendre la baie de Rio à revers, et de la contempler des hauteurs ».

Bernanos, une fois rentré en France, en 1945, continuait d’admirer et d’envier, l’expérience humaine, unique dans l’histoire, qui a tenté de fondre « ensemble trois races aussi différentes que l’indienne, la noire et la portugaise ». 

Aujourd’hui, le terme de “race” n’est certainement pas pertinent, tant il essentialise l’identité et occulte la diversité des cultures et leur amalgame. Toujours est-il que Rio continue d’illustrer dans la vie ordinaire cette fusion des cultures malgré les aléas et les trouble, de l’histoire du Brésil. 

Sébastien Lapaque, dans un petit livre subtil et passionné — ce qui ne cohabite pas aisément —,  Théorie de Rio de Janeiro, nous incite à : « Apprendre à regarder une ville : ses photographes ; apprendre à l’écouter : ses musiciens ; apprendre à l’aimer : ses habitants. Et si perdre enfin : ses poètes.

J’ai voulu suivre ses conseils. 

Dans un Brésil industrialisé, un Brésil où la diversité culturelle s’accompagne d’une inégalité des conditions ; dans un Brésil, où après la dictature des militaires et le désenchantement vis-à-vis du gouvernement Lula qui avait fait naître tant d’espoirs chez les plus déshérités, le pouvoir de séduction de Rio continue-t-il de rayonner dans la ville. L’arrivée au pouvoir d’un militaire brutal et inculte ne risque-t-elle pas de briser cette fusion entre une ville et ses habitants. ? L’affirmation de Lapaque à propos de Rio: « il y avait un seul monument à visiter, c’était son peuple », est peut-être un premier élément de réponse.

Je souhaite dans ma découverte naïve et peu informée de Rio suivre la démarche énoncée par Walter Benjamin, mise en exergue dans le livre de Lapaque : 

« S’égarer dans une ville comme on s’égare dans une forêt demande toute un éducation ».

Cette éducation est celle du regard, de l’écoute, de l’odorat, de l’usage du temps et de l’espace… Et c’est bien d’esthétique dont il s’agit.

 Les croquis que je vais tenter d’écrire et d’illustrer dans mon blog, affiniteelective.wordpress.com ont pour objectif de faire partager le bonheur que j’ai eu à me perdre dans Rio. Ce qui était aussi une manière de me retrouver. En tout cas de retrouver les navigants dont je n’avais pu partager le voyage en bateau.

Le contenu de cette chronique, écrite en octobre 2019 a été perdu. J’ai voulu la réécrire en juin 2020. Je ne suis pas certain que ce que j’ai rédigé, il ya 6 mois, soit encore pertinent dans la crise du corona virus qui a encore montré la bêtise crasse, l’impuissance et l’idéologie fascisante de Bolsonaro.

         Les habitants de Rio, les “cariocas”, sont expansifs, bruyants, chaleureux, disponibles… Mais il faut se méfier des clichés. Et cette seconde affirmation est également un cliché, ni plus ni moins justifié que la première. 

         Il faut, pourtant, reconnaître la vérité du premier constat. La créativité des cariocas, se manifeste d’abord sur les murs de la ville, sur le trottoir des avenues, le long de Copacabana et plus généralement là où un espace est à conquérir, à colorier, à servir caisse de rayonnance. Et quoi de plus ouvert qu’un mur disposé à ajouter à sa valeur de protection, de limite, de séparation… une fonction de dénonciation ou d’espérance.

         

Et en ces temps sombres pour le Brésil, ne faut-il pas montrer d’abord ce qui parcourt les murs de la ville ? Une confiance irrésistible dans les forces de la vie, à travers :

  • un rêve de révolution qui est, peut-être, un fantasme ;
  • le refus du fascisme qui est, lui, une exigence salutaire et préventive ; 
  • le rejet des inégalités ethniques qui est une exigence ;
  •  et, plus que tout, la demande d’amour.

On peut se demander si les deux premières  affirmations ne relèvent pas d’une période révolue ? Celle où la Révolution était la promesse d’un rêve égalitaire et l’annonce de la fin de l’Histoire. Rêve et annonce, formulés à partir des mots d’ordre datés de la première moitié du XXe siècle, qui ont conduit aux désastres et aux illusions tragiques.

Quelques clichés, photographiques, ceux-là, peuvent illustrer ces thématiques. 

Les photos saisies sur les murs de l’église Santa Luiza se font l’écho d’un refus, et d’une espérance messianique. Ces slogans ne sont d’ailleurs pas affichés dans un quartier populaire où dans une favela qui viendrait se nicher au creux d’une pente qui glisse jusqu’à la plage. Ils se déploient dans un quartier du centre de la ville riche en bâtiments administratifs, consulats, banques et autres sièges du pouvoir.

Ces vestiges d’une idéologie qui veut ignorer les tragédies de l’Histoire,  cohabitent avec des expressions plus immédiates, visibles sur la plage de Copacabana ou sur les hauteurs de Santa Theresa qui domine la ville : “Lula libre”.

Et partout, on croise ce courant de tendresse et cette demande d’amour qui prend bien souvent les couleurs du baroque ou de l’étreinte improbable, comme celle de la Reine Lisa et du Roi Pelé, dont j’ai été le témoin.

En haut de Lapa
En haut de Santa Thereza
Eros et Thanatos
Une rencontre improbable qui ne peut se faire que sur un mur à Rio
Dali a lui aussi réussi à trouver une petite place

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