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De quoi Mélenchon serait-il l’hologramme ?

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Après une campagne de premier tour dont la communication fut brillante, efficace et mobilisatrice, Jean-Luc Mélenchon s’est muré dans son silence.

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Un choix sans ambiguïté pour barrer la route à Marine le Pen ne s’imposerait-il pas à celui dont on ne peut mettre en doute l’opposition au FN et à la famille Le Pen.

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La nécessité de choisir au second tour

Pour justifier son mutisme, Mélenchon se retranche derrière ce qu’il appelle « l’intelligence de son électorat ». Les prises de paroles qui, dans la rue et sur les réseaux sociaux, déclarent ne pas vouloir choisir entre « la peste et le choléra » devraient alerter tous les républicains. Le refus de Mélenchon d’énoncer un choix clair pour le second tour est d’autant plus incompréhensible, voire inacceptable, que son discours antisystème, son rejet de la mondialisation, son antilibéralisme économique peuvent conduire une minorité de son électorat à se reporter, au second tour, sur la candidate du F.N. Mélenchon se refuse à donner une consigne de vote. Mais il ne s’agit pas de consigne. Celle-ci est juste un lieu où l’on dépose, pour un moment, une valise ou un document, avant de poursuivre son itinéraire.

Une consigne de vote n’est pas déterminante pour orienter le vote des électeurs. En revanche, ce qui doit être demandé à un dirigeant qui avait pour ambition de diriger le pays est, pour le moins, de prendre une position dans ce second tour. Dire, comme le fait Mélenchon, qu’il ne faut en aucun cas donner sa voix à Marine Le Pen est insuffisant. Au-delà de ces votes, il en va des conditions mêmes du débat démocratique, et des luttes qui l’accompagnent dans le prochain quinquennat. Selon l’importance de l’écart entre les voix de Macron et de Le Pen, le combat politique sera plus ou moins difficile pour ceux qui, quel que soit leur engagement politique, souhaitent une société plus juste, plus solidaire, plus citoyenne.

Si Macron est l’adversaire de Mélenchon, Le Pen, est une ennemie de la République dont le négationnisme réapparaît régulièrement dans les déclarations publiques parce qu’il n’a pas disparu de sa pensée.

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[…]Quand les blés sont sous la grêle

Fou qui fait le délicat

Fou qui songe à ces querelles

Au cœur du commun combat […], écrivait Aragon dans les années quarante.

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Louis Aragon

Certes, aucune analogie n’existe entre notre époque et ces années-là. Mais « le ventre de la bête immonde, comme disait Brecht, est toujours fécond ».

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Les alliés communistes de Mélenchon ne s’y trompent pas ; ils savent, eux, faire la distinction.

Les motivations de l’électorat de Mélenchon

Trois types de motivations se conjuguent. La première est celle d’électeurs qui n’ont ni voulu cautionner le parti socialiste ni soutenir un gouvernement qui a tourné le dos à leurs espérances. La seconde exprime les aspirations d’une jeunesse tentée par la radicalité des propos d’un tribun qui propose un changement révolutionnaire de société. La troisième, enfin, témoigne de la désespérance de populations marginalisées, abandonnées par l’État et contraintes de subsister avec des aides publiques insuffisantes pour vivre dignement.

Au-delà de l’analyse des votes, il faut comprendre l’imaginaire de ces électeurs qui ne se retrouvent ni dans les partis traditionnels de gouvernement ni dans une démocratie qui se limite aux échéances électorales. Se développe dans le pays, depuis plus de vingt ans, une exigence, pour un grand nombre de citoyens, d’être acteur de la vie politique. Cette volonté de participation à l’élaboration des décisions qui déterminent leur vie quotidienne n’a pas trouvé de concrétisation, en particulier dans la cadre des collectivités territoriales.

La construction historique d’une image

L’image de Mélenchon présente, aujourd’hui, la caractéristique d’un hologramme, c’est-à-dire d’une image en trois dimensions qui apparait comme « suspendue en l’air ». Trois facettes se sont juxtaposées pour figurer cet artefact construit sur près de quarante années.

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La première est celle d’un dirigeant socialiste devenu ministre puis sénateur socialiste, à 35 ans, stade ultime pour un dirigeant qui aurait atteint les sommets de la carrière politique.

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La seconde est celle d’un militant qui, après avoir fait partie de l’aile gauche du PS, jusqu’au congrès de Reims, en 2008, quitte ce parti pour fonder le parti de gauche (PG), dont il devient d’abord président du bureau national, puis co-président, fonction conservée jusqu’en 2014.

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Enfin, la troisième composante est celle d’une aventure personnelle que son talent, son expérience et sa culture transforment en une force électorale. Le génie de cette construction qui flotte en l’air est d’avoir gommé le cadre et le contexte social et politique qui ont donné un large champ visibilité à Mélenchon. En particulier, la désagrégation du PS, la marginalisation du PC à l’intérieur du Front de gauche et son incapacité de peser ou d’infléchir la démarche personnelle de Mélenchon.

De l’entrisme à la notabilisation

Mélenchon aura été un militant qui a d’abord pratiqué l’entrisme, vieille stratégie trotskiste pour saper de l’intérieur le réformisme de la SFIO.

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Saisi par le charisme de Mitterrand et touché par sa grâce, il devient membre du gouvernement Mauroy dans le premier septennat de Mitterrand. Devenu un professionnel de la politique, le parcours du jeune mitterrandien est le symbole d’une nouvelle génération de socialistes, qui rejetant en bloc les rocardiens et les chevènementistes deviennent des admirateurs inconditionnels de «Tonton».

Ce positionnement, loin de l’insoumission, lui aura permis de devenir ministre de l’enseignement professionnel de 2002 à 2004, auprès du ministre de l’Éducation nationale, Jack Lang, dans le gouvernement de cohabitation de Lionel Jospin.

Ce travelling rapide dans l’histoire récente de la Ve République se condense dans une image publique, celle d’un homme politique chevronné qui se réclame d’un populisme de gauche, défini comme une relation directe, sans la médiation d’un appareil ou d’une organisation avec ce qu’il appelle les « gens ». Ce mode de relation et de rayonnement est régi par un processus d’acclamation dans lequel le leader ne se légitime que par lui même et non par une désignation réglementaire, déterminée par une organisation. Le passé trotskiste de Mélenchon lui a transmis une structure de pensée marxiste, passablement pétrifiée, au contraire de la pensée de celui dont il admirait le génie tactique.

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Mitterrand ne connaissait pas les paroles du marxisme mais avait appris à en fredonner la mélodie.

Ce savoir et cette maîtrise idéologique, soutenus par une connaissance de l’histoire et une culture littéraire, ont donné à Mélenchon une capacité forte d’influence tribunitienne. Des trois formes de légitimité de pouvoir identifiées par Max Weber — traditionnel, réglementaire, charismatique — Mélenchon dispose de la troisième.

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Cette capacité d’entraînement présente potentiellement bien des risques de dérive. En particulier, celui du césarisme. Son discours d’insoumission est celui d’un triple non : à la construction et à une défense européennes ; à l’économie de marché ; à une stratégie d’union avec des forces progressistes.

Petite note à l’attention des amateurs d’onomastique[1]

Je voudrais clore cet article par une curiosité qui n’est pas simplement celle d’une proximité nominale entre Mélenchon et celui qui inventa un christianisme alternatif au XVe siècle n’y aurait-il pas une autre analogie plus significative ?

Double Portrait of Martin Luther (1483-1546) and Philip Melanchthon (1497-1560) (oil on panel)

Luther et Melanchthon (Lucas Granach)

Mélanchthon, docteur en théologie, est connu pour avoir rédigé, en 1530, la Confession d’Augsbourg. Ce texte voulait donner à la théologie de Luther une image acceptable pour les catholiques romains dans le Saint Empire germanique.

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Mélenchon, avec son appel à une conjonction hasardeuse entre le “dégagisme” et le renversement de la table — sans tri préalable entre nappe, couverts et convives… —, ne serait-il pas l’héritier des positions maximalistes de la Gauche de la troisième internationale que Lénine, en 1920, dans son essai, La maladie infantile du communisme, qualifiait de gauchisme ?

[1] L’onomastique est la science des noms, de leur origine, de leur transmission, de leur transformation.

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