Archives de Tag: médiation du corps

Mon corps cet idiot ! Drôle de catégorie

Le rapport que j’ai avec mon corps, l’image de mon corps, la sensation que j’en ai, l’affection ou le dégoût, l’indifférence ou le souci… ne sont-ils pas singuliers, uniques dans la mesure où je suis seul à éprouver mes sentiments . Nous sommes bien, avec ce rapport complexe, réel et imaginaire, avec  le langage de mon corps,  dans l’Idiotisme, dans ce qui n’appartient qu’à moi-même.

Iodetes, en grecest celui qui adopte un langage singulier et unique. Lénine appréciait, dit-on, cette catégorie d’idiots qu’ils qualifiaient d' »utiles » parce qu’ils gobaient assez facilement ce qu’on pouvait leur raconter sur les lendemains qui chantent. En réalité, l’idiotisme, au sens étymologique, est une qualité essentielle à l’artiste, tout au moins, dans un premier temps. L’artiste est d’abord celui qui trouve des bribes d’inspiration, des fragments de  matériaux, des ombres de souvenirs… qu’il est seul à  saisir et qu’il va organiser dans des Formes qui sont destinés à être éprouvés par le biais du corps, —  la vue, l’ouïe, la perception du temps et de l’espace.

Le corps cet idiot qu’il faut tenter de comprendre. Le corps par lequel mon expérience du monde et de la culture se construit et se transmet.

Comprendre cet idiot

La thématique du corps circule tout au long du récit des relations entre science et culture.

Fée électrique

Sculptures de Jean Fontaine

lunettesrouges. blog. lemonde.fr/2011/03/25/

Cette thématique est présente comme source de médiation dans les grandes philosophies orientales ou dans la mystique religieuse. Présente, également, dans la philosophie platonicienne : le corps tombeau de l’âme ; dans celle de Descartes avec le corps machine ; dans celle de Nietzsche à propos des contempteurs du corps ; dans la réflexion de Merleau-Ponty sur le corps perçu ; dans celle de Foucault sur les dispositifs de contrôle des corps… Le corps émerge comme thème dans les travaux de l’anthropologie corporelle ou à la naissance de la sociologie avec l’article de Mauss sur les techniques corporelles. Il est présent dans les avancées de la médecine avec le refus d’obéir à l’interdit de la dissection des corps ; dans la naissance de la psychanalyse avec les phénomènes de l’hystérie ; dans la réflexion psychosomatique, puis avec la thématique de la biologie moléculaire etdes ouvertures sur les greffes, la procréation assistée, les mères porteuses.

Il est à l’horizon des songes les plus fous des posthumanistes avec le corps augmenté, comme il est le vecteur de la science-fiction la plus novatrice avec le thème des robots et des androïdes.

Zombie boy

Pour ne rien dire des représentations du corps par la peinture, le théâtre et la danse…

Disolution et instrumentalisation du corps

Aujourd’hui, le corps est soumis à un processus de dissolution dans les mécanismes physico-chimiques considérés comme les représentants exclusifs de la réalité objective. En soi, le thème du corps est, pourrait-on dire par nature, le lieu de rencontre obligée des discours spécialisés.

Et pourtant, il semble aujourd’hui abandonné au spectacle, livré au marché, offert à la publicité

Les sciences ne semblent avoir rien d’autre à nous dire sur le corps que ce qui peut être mis en chiffres, en équations et en diagrammes. La technique, quant à elle, se contente de proposer des prothèses et d’en fournir des modes d’emploi. Le corps a été abandonné au savoir comportementaliste qui ne voit en lui que l’espace de relations causales et qui rejette tout travail d’interprétationconsidéré comme simple jeu rhétorique.

D’où l’importance de comprendre cet « idiot de corps », de le rêver, de le connaître… D’ici à en faire une catégorie de pensée ou de blog ?

Publicités

1 commentaire

Classé dans médiation artistique et culturelle, Mon corps : cet idiot