Archives de Tag: philosophie des Lumières

À J-2 : Hamon, Macron ou Mélenchon ?

Le balancement de la pensée et les ruses de la raison

Comme beaucoup, depuis plus d’un mois, je balance, j’hésite, je change d’avis, je retourne ma veste… au gré de mon incapacité à fixer les bonnes raisons de mon intention de vote. Bref, je tergiverse et cela me donne le tournis. Ce comportement n’est pas une faiblesse psychologique, mais un engourdissement de ma raison.

Unknown.jpeg

Goya Eau forte

 images

Réveiller la raison du sens commun

Lorsque je rencontre un copain et que j’évoque avec lui  le sens de mon vote — Hamon ou Macron —, j’ai tendance à être déstabilisé par les arguments de mon interlocuteur. Et comme le héros de la nouvelle de Melville, Bartleby, je me dis : «J’aimerais mieux ne pas».

Unknown-2.jpeg

En ces temps de crise : indécision et incertitude

Cette valse hésitation ne relève pas de l’indécision mais de l’incertitude. Quelle différence entre l’une et l’autre ?

L’indécision réside dans le fait de tenir les deux termes de l’alternative Hamon/Macron comme équivalents : ces choix ressortissent de l’idéologie. Sociale démocrate pour l’un ; libérale pour l’autre. L’indécision résulte, en définitive, dans le fait qu’aucune de ces deux idéologies ne me semble à la hauteur des enjeux de la crise politique et culturelle d’aujourd’hui.
L’incertitude, pour ce qui la concerne, relève des ruses de la raison.  L’accord avec les idées fortes de Hamon, avec l’empathie pour son discours d’«optimisme de la volonté » s’accompagne d’un fort sentiment d’irréalisme de ses propositions : « le pessimisme de la raison ». Alors, qu’au contraire, les propos de Macron me donnent le sentiment que sa démarche, au contenu parfois bien imprécis, ouvre des perspectives pragmatiques qu’il faut tracer puis construire.

D’une certaine manière, cette tension contradictoire dans laquelle je m’englue n’est-elle pas le produit  de ce que Gramsci appelle la crise : ce temps d’incertitude et de clair obscur ?

Unknown.jpeg

.

Le “dégagisme” : une déraison rhétorique de sortie de l’Europe, de l’euro, de l’OTAN

Pourquoi, alors, devant cette difficulté à me déterminer dans ce choix binaire, ne pas être sensible à la rhétorique de Mélenchon ?  Pourquoi ne pas tenter un pas de côté : à gauche, toute. Nul doute, la campagne de Mélenchon a été, sur le plan communicationnel, la plus efficace. Son sens de la formule pertinente — « Hollande capitaine de pédalo » — a bien souvent fait mouche. Sa volonté de renverser la table, sans débarrasser la nappe et nettoyer les couverts, a pu séduire ceux qui manquent de mémoire historique.

imagesOublié le parcours politicien de Mélenchon, la déchéances progressive de la sociale démocratie qu’il a quittée pour une aventure personnelle.

Son slogan du « dégagisme » rappelle le slogan des années cinquante de Pierre Poujade, «Sortez les sortants ». Ce slogan a donné naissance à une culture qui convertit le processus politique en une substitution de personnel politique.

Une nouvelle énonciation trinitaire nous est née : une apparition ; une multiplication ; une incarnation.

Unknown-2

L’apparition

Unknown-1

La multiplication des mélanchons

Le discours discours de Mélenchon relève d’un populisme de gauche, qu’il revendique d’ailleurs. Populisme, parce qu’il prétend représenter le Peuple, catégorie vague, alors qu’il ne suscite que moins de 20%, d’adhésion, plus affective que programmatique. Ce populisme se nourrit d’un fort sentiment d’anti-germanisme qui identifie le libéralisme économique de la chancelière allemande au caractère prêté au peuple allemand. Sa posture démagogique fragilise la réconciliation conduite par de Gaulle et Adenauer, prolongée par Mitterrand et Kohl.

De-Gaulle-et-Adenauer

Unknown-3.jpeg

L’égomania mélenchonnienne s’abstrait de toute analyse de l’histoire récente de la gauche de gouvernement à laquelle il a participé comme ministre dans le premier septennat de Mitterrand.

Sa vision du monde extérieur le conduit, en premier lieu, à justifier la politique de Poutine, dont il semble ignorer le caractère autoritaire et nationaliste ; vision qu’il cherche aujourd’hui à occulter en oubliant sa sympathie idéologique avec le régime de Chavez qui a conduit le Vénézuela à la ruine.

Le point de vue de Mélenchon est construit à partir d’un point de fuite anti-européen et souverainiste. Son énonciation aujourd’hui, dans ces temps troublés, est celle d’un discours pacifiste qui manifeste une volonté de se retirer de l’Otan qui conduirait, prétend-il, à la guerre

La leçon de philosophie qui peut nous éclairer

La lecture de deux articles de deux grands philosophes allemands. Jürgen Habermas et Peter Sloterdijk que vient de publier Le Monde dans son édition du jeudi 20 avril, permet d’échapper à des interrogations spéculatives.

Unknown-1

Il ne s’agit pas de savoir lequel des trois programmes, de Mélenchon, de Hamon ou de Macron, est le plus à gauche, ni de savoir dans quelle société nous voulons vivre, ni même, d’aileurs de quel monde réconcilié avec lui-même nous voulons laisser à nos enfants. Non que ces questions soient secondaires. Au contraire. Mais elles ne sont pas d’actualité, pour ce qui est du vote de 23 avril 2017. L’enjeu, aujourd’hui, n’est ni la question de la Révolution ni le changement de société par la voie électorale. Il est de construire une voie démocratique qui s’oppose au surgissement des monstres politiques, et ils sont nombreux. Ils se nomment : l’intolérance, le rejet et la peur de l’autre (celui qui est différent de nous mais qui vit avec nous), le refus de la délibération démocratique, la quête et l’enfermement identitaire, le culte du chef autoritaire et omniscient …

Comme le montrent Habermas et Sloterdijk, la question est d’abord celle de « voter utile».  C’est-à-dire de savoir à qui confier la responsabilité de tracer l’avenir de notre pays avec la confiance qu’il pourrait « agir en faveur du bien commun ». La réponse de ces deux philosophes conduit à ne pas poser la question en termes de « systèmes d’idées délirants que ces délires soient codés en jargon de droite ou de gauche ».

images-2

Jürgen Haberma

images-1

L’éthique en matière de discussion, de communication et de débat théorisée par Habermas est une réflexion sur les conditions de possibilités minimales de compréhension mutuelle des hommes en situation d’échange verbal. Elle a pour but de formuler les normes qui doivent permettre à un débat de se dérouler de manière satisfaisante et d’établir si possible les fondements de ces normes.

La candidature de Marcon, pour Sloterdijk, est la seule à « apporter un concept actif et nouveau de l’Europe ».

Unknown-2Unknown-1

Peter Sloterdijk : « Français, n’éteignez pas les Lumières ! » Le Monde, 20 juillet. Pour le philosophe, le « carnaval » de l’élection présidentielle française prouve que la Constitution de la Ve République n’est pas adaptée au XXIe siècle et que le vote utile est plus nécessaire que jamais dès le premier tour afin de préserver l’idéal européen.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/19/peter-sloterdijk-francais-n-eteignez-pas-les-lumieres_5

Pour Habermas,  la candidature de Marcon, provient de l’extérieur de tout parti institué ; elle peut « aboutir à une véritable rupture dans l’histoire de la République française ». Son élection peut être le signe « d’une recomposition salutaire et inédite ». Elle pourrait bien « faire voler en éclats toute une configuration politique qui s’est sclérosée au fil du temps entre gauche et droite ».

Ces deux points de vue convergents de deux philosophes très différents nous interpellent, ils nous mobilisent. Ils nous renvoient à nos responsabilités culturelles historiques. L’urgence du Kairos historique, ce moment particulier du 23 avril, qu’il faut saisir — parce qu’il ne se reproduit que tous les cinq ans — est d’ouvrir la porte à une reconfiguration des forces politiques qui enfermées dans leur certitudes partisanes, à droite et à gauche, ont contribué par leur impuissance à gonfler la bulle lepéniste transmise du père à la fille.

N’introduisons pas ce gène pathologique dans notre ADN politique. Sachons saisir cette opportunité, le reste nous sera donné par une délibération et une construction collective.

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans culture et politique