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Raisons d’une débâcle ; ressorts d’une défaite

La déroute de Jérôme Safar et de sa liste, tout comme la très large victoire du Rassemblement citoyen de la gauche et des écologistes conduite par Éric Piolle ne peuvent se comprendre qu’une fois inscrites dans le contexte de l’histoire politique de Grenoble de ces trente dernières années.

Grenoble

Grenoble

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Acteur engagé, c’est ce que je voudrais tenter de faire. Mon jugement ne prétend pas à l’objectivité ; il vise à produire une analyse compréhensive qui conjugue rationalité et empathie afin de saisir les motivations et les points de vue des acteurs. Cette analyse se propose de confronter le détachement des électeurs du PS à la gestation d’un rassemblement des forces de gauche, citoyennes et écologistes. Cette naissance a su progressivement nouer des relations de confiance entre des mouvements qui ont accepté de mettre de côté leurs différences et de s’engager dans la mise en place d’un dispositif de réflexion et d’action.

Réunion de W. gr1

réunion de travail entre responsables de mouvements du Rassemblement

Dans le même temps, le PS, parti de notables, enfermés dans leur « Hôtel de ville » et englués dans des relations clientélistes, s’est pétrifié au point de se priver des capteurs susceptibles de lui indiquer les attentes des citoyens. Le processus de rassemblement s’est construit en deux temps. En premier, celui de l’élaboration collective d’un projet défini plutôt comme une méthode d’action politique que comme une addition de promesses.

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 Dans un second temps, celui de la campagne électorale proprement dite qui a su, par sa créativité et sa présence dans les quartiers, faire souffler un courant d’air frais qui a balayé les propos lénifiants et outranciers de la liste de Jérôme Safar et suscité des engagements de citoyens impatients de donner une chance à ce rassemblement susceptible de tourner une page de l’histoire de Grenoble écrite depuis 1995, durant trois mandats exercés par le PS. Sa victoire du Rassemblement s’explique, tout autant, par le désaveu d’une équipe et d’un homme enfermés dans leurs certitudes que par l’espoir de redonner une parole à des forces vives, sociales et culturelles, qui s’étaient vues contenues par les professionnels de la politiques et leurs experts.  

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Les grenoblois ne se sont pas arrangés de ce slogan creux

Une histoire tourmentée

Après la victoire surprise de Carignon en 1983 et la progressive dégénérescence de son second mandat qui s’achève par sa mise en examen pour corruption et son incarcération, la gauche entame la reconquête du pouvoir avec la création de Grenoble Objectif 95 (GO 95), à laquelle participent certains responsables du PS. Au début janvier 1995, Michel Destot s’émancipe de ce rassemblement et pose sa candidature, comme « premier des socialistes », aux élections municipales. Arrivé en tête au premier tour, il conduit au second tour une liste de gauche plurielle (PS, PC, GO 95, Ades-Verts). Cette union, dont la victoire s’explique, en partie, par les poursuites judiciaires qui placent Carignon hors jeu, se prolonge dans la gestion municipale durant deux mandats, malgré les différences idéologiques et politiques, les tensions et les soubresauts… L’union n’est-elle pas aussi un combat ?

Raymond Avriller

C’est, sans aucun doute, l’action juridique de R. Avrillier qui a permis la mise en examen, en 1994, de l’ancien maire, que ce dernier appelle à juste titre le corompu

Les résultats positifs sont tangibles, en particulier avec le retour à la gestion municipale de l’eau, obtenue grâce à l’action juridique portée avec obstination par Raymond Avrillier, adjoint dans la municipalité dirigée par Michel Destot. Durant ce mandat, cette gauche de gestion qui accepte les contraintes et les limites du pouvoir municipal retrouve un ancrage dans le tissu social. Elle s’essouffle pourtant au cours du second du mandat 2001-2008. La dynamique de l’union, qui n’efface ni ne masque les différences de culture politique des constituants de la majorité, commence à piétiner. Elle se brise sur des dossiers tels que le stade, le projet de tunnel sous la Bastille et de rocade nord pour lesquels le Maire et le Président de la Métro imposent leurs solutions à la hussarde, sans véritable débat public ni concertation.

Des projets coûteux, décidés sans réelle concertaitonés Le comportement hégémonique du PS creuse les lézardes qui ne manquent pas de fissurer durablement la majorité de ce second mandat.

Le changement de pied de 2008

À l’occasion des élections municipales de 2008, Michel Destot, par commodité personnelle et calcul politique, opère un changement de pied. Il abandonne son point d’appui à gauche pour chercher un point d’équilibre à droite. Il introduit ainsi dans sa liste de premier tour des anciens amis de Carignon et des membres de son opposition du mandat précédent. Il entérine, au deuxième tour, une alliance avec le Modem et repousse ainsi les Verts dans l’opposition.

Ce bref récit met en évidence un tournant progressif mais profond : une dérive de centre droit. Seul l’accrochage du PC, à la majorité PS amorcé en 1983, analogue à celui de la moule au rocher, marque la survivance, sans signification réelle, du mythe de l’Union de la Gauche. Ce mythe fonctionne comme alibi. Il permet le maintien d’aparatchiks du PC grenoblois exsangue, en échange d’un soutien du PS aux municipalités communistes de la couronne grenobloise. L’histoire du mandat de 2008-2014 peut se raconter en termes d’usure du pouvoir du Maire ; de gouvernance de son cabinet, au détriment d’une délibération avec les partenaires politiques ; de distance accrue avec les forces vives de la Cité. C’est le délitement de la relation entre les élus et les citoyens qui a généré, dans les linéaments sociaux de la ville, la défaite du PS. Ce déchirement a nourri la volonté d’un rassemblement citoyen avec, et autour, de forces politiques hostiles à la conduite de projets urbains imposés selon une rationalité technocratique et l’affichage rhétorique d’une concertation, simple outil de communication, insensible aux attentes sociales.

Défection et prise de parole

La déroute et la victoire de 2014 ne sont pas simplement complémentaires ou symétriques. La première ne s’explique pas seulement par le bilan terne de la municipalité socialiste et de centre droit, plombée par des études coûteuses de projets avortés parce qu’irréalistes (la candidature aux JO, 1 million d’euros de frais de communication) ou rejetés par la population (le tunnel sous la Bastille et le projet de rocade Nord, 40 millions d’études).

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masaues   clé de 12  Tu-5   Elle est également le fruit d’une campagne fondée sur un catalogue de promesses et d’intentions qui n’avaient été ni réalisées ni même formulées durant le mandat. La réponse des électeurs grenoblois a conjugué deux types de réaction, mises en évidence par l’économiste américain, A.O. Hirschman, pour expliquer comment le public peut exprimer son mécontentement. A.O Hirsc

La  défection, c’est-à-dire la fuite de la clientèle d’une entreprise ou la démission dans le cas d’une institution, et la prise de parole, une action menée de l’intérieur par ces mêmes parties interviennent en interaction. Défection et prise de parole permettent, par exemple, de rendre compte du comportement des habitants de la RDA avant et après la chute du Mur.

Défection et prise de parole éclairent la déroute du PS. Défection vis-à-vis d’une politique déconnectée des réalités sociales et des pratiques culturelles. Prise de parole citoyenne concernant un certain nombre de projets relatifs à la vie dans la ville (stade des Alpes) ; le déplacement (le tunnel sous la Bastille et l’esplanade) ; l’interrogation raisonnée sur les risques des nanotechnologies (Collectif des Enjeux des Nanotechnologies à Grenoble) ; l’éducation (Collectif de défense de Mounier)… Ces prises de parole s’exprimaient à propos de question de la vie quotidienne. Elles s’opposaient à des décisions technocratiques, prises par des experts cantonnés dans leur domaine étroit. Elles témoignaient des limites d’une démocratie représentative devenue sourde et aveugle, à Grenoble. La déroute et la victoire, à Grenoble relèvent de logiques propres ; elles résultent d’une alchimie complexe. La défection est la conséquence de la surdité des élus PS à une parole citoyenne, certes éclatée et diffuse, mais significative. Cette indifférence est le symptôme d’un enfermement dans une certitude : celle de détenir la vérité politique, du seul fait de l’élection. La prise de parole, quant à elle, est portée par une exigence de citoyen : être sujet de sa propre vie – individuelle et collective-, et une volonté : être acteur de son destin.

Un effet d’aveuglement

Le Maire, son entourage proche, les élus de l’exécutif se sont laissés bercer, d’un côté, par le chant des sirènes médiatiques qu’ils ont contribué à mettre en musique dans l’agenda politique et, de l’autre, par les sondages. Le maire et son entourage auraient dû s’inspirer du comportement du sage Ulysse se bouchant les oreilles pour ne pas céder à la fascination et à la séduction de mélodies trompeuses. Simon Labouret, chercheur à Sciences-Po Grenoble, vient de montrer avec beaucoup de pertinence pourquoi les sondages n’ont rien vu venir (publié par afaucon, 02/04/014). L’examen quantitatif des intentions de vote, telles qu’elles pouvaient être évaluées par les sondages, ne pouvait rendre compte, à elles seules, d’un phénomène exige une attention à des courants profonds qui ont accompagné et amplifié la montée de la vague. Se retrancher, comme l’ont fait, les leaders de la liste du PS, derrière une explication attribuant leur défaite à un phénomène national de rejet du PS procède d’un jugement simpliste. À Grenoble, les voix perdues par le PS par rapport aux élections de 2008 représentent plus de vingt points ; celles gagnées par la liste du Rassemblement sont de 10 points et enfin la droite ne retrouve pas, au premier tour, ses voix de 2008. Les électeurs ne sont pas passés de la gauche à la droite ; ils sont resté à gauche, ils ont exprimé un refus de la majorité de Michel Destot et sont allés vers le Rassemblement. Au second tour, l’écart en termes de pourcentage s’est amplifié et a été multiplié par trois,. Une partie importante d’abstentionnistes, ainsi qu’une partie non négligeable d’électeurs socialistes ont rejoint la liste du Rassemblement. L’exception grenobloise est d’avoir creusé, au second tour, l’écart aussi bien avec la liste de l’UMP qu’avec celle de Jérôme Safar. C’est cette singularité qu’il convient de comprendre.

Les raisons enchevêtrées d’une débâcle

La débâcle de Safar et du PS présente trois niveaux d’explication. Le premier est d’ordre psychologique. Il exprime l’illusion d’un élu, installé mentalement et imaginairement dans le fauteuil de maire, qui se persuade qu’il est, par un phénomène quasi naturel, détenteur légitime des clés de la ville.

Une passation de pouvoir : parce que c’était lui ; parce que c’était moi.

Le second niveau est idéologique : il témoigne d’une conception étroite et figée de la démocratie. Enfin, le troisième est intellectuel. Des notions discutables et complexes, comme le “modèle grenoblois” ou l’Innovation, sont converties et instrumentalisées en slogans de campagne. Transformées en éléments de langage, ces notions conduisent ceux qui les véhiculent à produire un langage vide, sans réel écho pour tous ceux qui perçoivent ce langage technocratique comme l’expression d’un système dont ils sont exclus.

  Raison psychologique

Ce premier niveau s’est déployé dans le temps de l’élaboration de la liste et dans la conduite de la campagne de premier tour. Il se caractérise par un déni de réalité, et par un aveuglement qui en est la conséquence. Jérôme Safar était persuadé de gagner, puisqu’il était le meilleur. Ses adversaires n’étaient-ils pas des extrémistes réunis pour une mauvaise cause : détruire le modèle grenoblois ? De plus, ils n’avaient aucune compétence pour gérer Sa ville. Cette suffisance ressemble, par bien des aspects, à l’attitude de la droite giscardienne qui, en 1981, déniait à la Gauche réunie, la capacité de diriger le pays. Ce processus d’auto-intoxication a donné lieu, le lendemain du premier tour, à un coup de poker joué avec une simple paire.pairejpeg

   Une paire constituée par l’ambition d’un maire ayant vécu depuis près de deux ans dans l’attente d’un poste ministériel et le sentiment du dauphin, convaincu d’avoir reçu l’héritage, du fait de ses propres qualités.

N’était-il pas le plus ancien dans le grade le plus élevé ? Les résultats du premier tour auraient pu provoquer une réaction de lucidité ; ils n’ont fait que conforter l’illusion. Jérôme Safar a ainsi rejeté la proposition d’Éric Piolle : une alliance de second tour, sur la base des résultats du premier. Le récit de la défaite se transforme en farce. L’homme d’appareil du PS s’installe dans une posture de refus d’un accord d’appareil. Incapable de reconnaître la défaite, il se maintient, déclare-t-il, pour ne pas tomber dans le déshonneur. Il récoltera les deux.

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Piolle et Safar sont dans le tram. Safar déraille. Qui reste en piste ?

Une délégitimation de la liste du Rassemblement

Le second niveau, de nature politique, consistait à reproduire à l’identique la tactique de 2008 : celle qui avait rejeté les Verts dans les ornières de l’opposition. Cela avait marché une première fois ; cela devait se reproduire une seconde. Vision à courte vue, aveugle à la souffrance sociale, à la défiance vis-à-vis du politique, à la perte de l’espoir. La transmission de légitimité du maire à son dauphin, a tracté une liste composée par ce dernier, dans la perspective d’une fusion de second tour avec la liste de centre droit présentée par Philippe de Longevialle. La tactique s’est doublement effondrée : Safar a fait moins que Piolle. Et Longevialle a sombré avec moins de 5%. Le monde politique grenoblois devait tourner en 2014, comme il avait tourné en 2008. Le monde avait changé : il s’était installé durablement dans une triple crise économique, sociale et politique.

Le calcul politique ne s’appuyait pas sur une perception lucide de la situation politique mais sur le sentiment d’une légitimité incontestable à exercer le pouvoir. Comment pouvait-il en être autrement puisque ceux qui avaient eu le pouvoir, et voulait le conserver à tout prix, se décernaient à eux-mêmes un satisfecit ? Et si l’électeur n’était pas entièrement convaincu de la justesse du calcul, il suffisait de délégitimer le concurrent à gauche. Les déclarations de diabolisation de la liste du Rassemblement, chargée de tous les pêchés d’irréalisme et d’impuissance, ont marqué la campagne. Les propos de Michel Destot, dont rend compte Le Monde du 2 avril, sont significatifs : « Piolle a une apparence plutôt présentable mais il est prisonnier de ces deux groupes [le parti de Gauche et l’ADES, un mouvement local alternatif] qui mènent l’affaire. Il y a confusion ».

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Des extrémistes ? Même pas peur

Autrement dit, l’ancien maire, arbitre des élégances politiques, nous raconte une histoire destinée à faire peur aux grenoblois ; elle murmure en boucle le récit du danger, pour Grenoble, d’élire des extrémistes gardiens d’une idéologie qui entraverait l’action du nouveau maire. Curieux story telling qui plante dans le paysage grenoblois des épouvantails, transformés en leurres. Et les leaders socialistes finissent par croire à ce récit, parce qu’ils ont envie d’y croire.

Un modèle grenoblois en danger ?

Enfin, au plan intellectuel, la pensée ( ?) s’est organisée autour de clichés censés représenter des concepts opératoires. Il en va ainsi de la notion de « modèle grenoblois », utilisée ad nauseam. Ce dernier n’est pas dénué de toute réalité. Grenoble, comme un certain nombre de métropoles dans le monde occidental industrialisé, a construit son développement sur l’articulation entre Recherche, Université et Entreprise avec des succès plus ou moins rapides ou réels. L’histoire de Grenoble, sa situation géographique et la créativité des acteurs sociaux et économiques ont contribué à cette convergence. Celle-ci n’a pourtant pas résisté à la crise ni empêché la croissance du chômage. Ce pseudo modèle n’est en rien une spécificité grenobloise. Son usage, dans les discours et le pratiques politiques, l’a chosifié au point de lui faire perdre toute authenticité. Geneviève Fioraso, lorsqu’elle était adjointe au développement économique à la Ville et à la Métro, a largement usé et abusé de cette notion-slogan qui la conduisait à confondre développement économique et développement universitaire. Pour les élus chargés de la politique économique à la ville et à la Métro, la Recherche scientifique était d’abord reconnue dans sa dimension de recherche appliquée ou de R&D. L’innovation technique était considérée comme opérant, par nature, une innovation sociale. Les élus socialistes avaient adopté le langage et la pensée scientiste du CEA ainsi que sa stratégie. Leurs choix universitaires négligeaient le développement de l’Université Joseph Fourier ; privilégiaient l’INPG et soutenaient son président dans son ambition de devenir une quatrième université grenobloise. Les sciences sociales et humaines n’étaient reconnues que dans leur fonction d’acceptabilité des usages des techniques, réduites, par ailleurs aux nanotechnologies.

Un courant profond en résonance avec son temps

La construction du Rassemblement, quant à elle, a été caractérisée par une volonté de renouvellement des méthodes de gestion politique de la Cité ce qui implique dialogue et concertation sur les projets de développement de la ville, et sur leur évaluation. Le Rassemblement par son dialogue, en interne, a permis que les forces constitutives identifient leurs affinités et construisent un projet en commun. Ce dernier s’est articulé autour de la rencontre entre écologie et démocratie ; cette double thématique a été projetée dans les domaines de l’habitat, des transports, de l’éducation et de la culture.

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 La victoire a cherché et trouvé ses ressorts dans la convergence, patiemment tissée depuis 1995, entre des forces politiques, des hommes et des femmes. Il s’est produit un phénomène d’amalgame, comparable à celui qui s’effectue, dans la fusion d’un métal et du mercure. Dans le creuset associatif, des expériences politiques acquises depuis 1995 — la structure métallique du Rassemblement citoyen — se sont fondues dans le pari de la jeunesse. Le vif-argent créatif, fluide et brillant représenté par des nouvelles générations, culturelles et politiques, nées dans l’écosystème grenoblois, s’est répandu, comme le mercure, dans les espaces laissés vide par les institutions. Cet amalgame est, certes, le produit de circonstances crées par l’hégémonie PS et son mode de gouvernance à la ville et à la Métro.

Rassemblement

La victoire électorale a été obtenue par la rencontre avec un homme, Éric Piolle, venu récemment à la politique mais riche de ses convictions sociales, citoyennes et humanistes. Ses compétences et son écoute ont été le catalyseur de la fusion entre diverses expériences politiques, un engagement citoyen et une volonté collective d’inscrire Grenoble et ses habitants dans une nouvelle histoire politique. Le modèle grenoblois qu’il s’agit d’inventer est  celui de la rencontre de l’innovation technologique au service de l’innovation sociale et de la créativité culturelle. Ces raisons de fond, de nature politique, ont été rendues visibles grâce à l’élan créatif qui a engendré, durant la campagne électorale, un phénomène cumulatif de participation. Aux militants des mouvements constitutifs, EELV, l’ADES et le PG, sont venus s’associer des jeunes, et des moins jeunes, en quête d’un souffle nouveau. La présence sur le terrain a été à l’image colorée des supports d’affiche et de documents.

pour tous

Le désir de gagner s’est communiqué, au-delà des candidats. Il a touché, par conduction et contact, de plus en plus de personnes désireuses de participer par le biais des réunions d’appartement, de réunions thématiques, du porte à porte… à ce qui est devenu une impulsion collective.

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Le discours de promesse clientéliste du PS dans les quartiers sud, visant à s’attacher des obligés a été balayé par un discours de citoyenneté du « faire avec vous ».

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 L’appel à « aimer Grenoble pour vous », discours de procuration et d’ambiguïté, a été balayé par un désir de faire ensemble.

C’est à cette visée, gage d’efficacité, qu’ont été sensibles les grenoblois. L’enjeu du mandat est d’associer les grenoblois à la construction d’une ville plus juste, plus humaine, plus solidaire. La voie difficile est, sans aucun doute, tracée par le maintien de l’union sans céder aux illusions ou aux certitudes. Il s’agit d’une dynamique locale qui, certes, peut servir d’inspiration pour d’autres mais qui ne saurait, à mon sens, se poser comme une pierre d’angle d’un mouvement qui prendrait en charge les questions nationales, européennes et internationales nécessaires pour construire un autre monde.

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La victoire

Vélo en famille

Il suffirait seulement de montrer dans les faits qu’un autre monde est possible, ici à Grenoble et maintenant.

Jean Caune, 57e candidat de la liste du Rassemblement.

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avril 6, 2014 · 11:03

Devoir de culture : Un impératif politique

Après tout, je peux bien élargir le contenu de mon blog. Des affinités électives sont aussi des affinités affectives. Pourquoi ne serait-elles pas dans certains cas des affinités effectives ? Je veux dire par là que je ne souhaite pas me limiter à ce qui me plaît et à ce qui me touche, encore faut-il que ces affinités aient  des effets, dans la vie réelle, au-delà de l’espace virtuel. Sinon  à quoi bon?

Je voudrais aussi m’intéresser aux engagements que je partage avec d’autres et que je souhaite voir devenir des réalités dans la vie politique.  

C’est le sens de cet appel que j’ai rédigé avec mes amis Isabelle Mathieu et Claude Patriat, tous deux universitaires et acteurs culturels.

Le texte que je place provisoirement dans mon blog a pour objectif d’interpeller les politiques à l’occasion des prochaines échéances électorales présidentielle et législatives. Il nous semble en effet urgent de susciter réflexion et débat sur la place de l’art et de culture dans le projet politique. L’enfermement de celle-ci dans une catégorie administrative spécifique a encouragé sa banalisation et son instrumentalisation. « Si on me parle de culture,  j’exhibe mon territoire ! » Il s’ensuit un insupportable rétrécissement de l’action culturelle publique, d’autant plus desséchant que les politiques, tétanisées par la crise, renvoient au superflu l’intervention dans un secteur qui cesse d’être perçu comme essentiel. A l’heure où l’on parle de refonder le pacte républicain, où l’on revisite les fondamentaux, voilà qu’on réserve à l’Ecole la mission d’éducation citoyenne. Or, si l’exception culturelle française avait un sens, c’était bien celui de placer la culture au cœur du projet politique républicain.

Ce texte court sera proposé à la signature des acteurs culturels qui ne se résignent ni à la langue de bois des formules convenues, ni aux simples approches corporatistes. Conçu comme une introduction au débat, il devra être prolongé par des contributions que nous sollicitons d’une série de personnes engagées dans ce combat. Publié dans un blog que nous créons pour l’occasion, enrichi des textes qui nous serons fournis, il sera dans un deuxième temps rapproché, édité sous une forme papier. En attendant cette publication sur un cite dédié, je livre aux débats notre proposition d’appel.

Un impératif politique

La triple crise politique, économique et sociale qui ne cesse de s’amplifier depuis la fin des années quatre-vingt n’est pas susceptible d’être abordée de manière segmentée : la réponse ne peut se trouver qu’en (re)plaçant la question culturelle au centre du débat politique. Ce cadre doit être reconfiguré aux dimensions d’une Europe fragilisée. Dans un espace-temps où temps technique et temps culturel sont dissociés. Dans un système de représentations où la science n’est plus garante du discours de la promesse d’un avenir meilleur. Où enfin l’art et la culture ne se définissent plus dans des espaces nationaux clos et compartimentés.

Encore un effort pour penser la culture !

Aujourd’hui, ni la Droite ni la Gauche ne portent une véritable réflexion politique sur la place de l’art et de la culture dans l’espace public. Le mutisme des partis et des candidats à l’occasion des différentes élections depuis dix ans est éloquent. Et ni le débat rhétorique sur la fausse alternative « culture pour tous, culture pour chacun », ni la résurgence de l’incantation « un art élitaire pour tous », ne porte les germes d’un positionnement distinctif. Car la culture est, simultanément, une expérience vécue individuelle, un partage et une mise en commun qui génère de l’appartenance. Quant à « l’art élitaire », on se demande bien dans quel horizon d’attente il pourrait se situer. Celui-ci ne peut être défini que par l’expérience des artistes et des publics, les codes sans cesse revisités par les pratiques contemporaines, les nouvelles démarcations entre le réel et l’imaginaire…

Il semble que les pouvoirs publics, les partis politiques et les organisations syndicales ne voient plus dans l’art et la culture, le lieu de l’accomplissement d’un destin collectif, le moyen de la construction de Soi dans une relation à l’autre et dans un rapport d’appartenance à la Cité. Leurs rares positions, le plus souvent de nature électorale, restent prisonnières des problématiques des années quatre-vingt. La signification et la fonction attribuées à la culture demeurent écartelées entre d’une part une conception étroite qui réduit le domaine de la culture à la production et la diffusion des objets artistiques, d’autre part une approche fragmentée qui la décline selon des catégories molles déterminant les goûts et les comportements des individus : le populaire, l’élitisme, la révolution numérique…

Le politique : une construction de la Cité par les actions et les paroles des hommes

La question de la démocratie culturelle se pose en même temps que celle de la démocratie politique. Culture et politique doivent être pensées simultanément, en fonction des conditions de vie de l’Homme et de son mode d’inscription dans ses espaces de vie, de travail, de loisir ; dans son rapport à l’Autre et à la Cité. Car tout projet politique implique la construction d’une communauté de valeurs symboliques. Lesquelles ne s’expriment jamais aussi bien que par l’art, pour autant qu’on prenne la peine de le mettre en culture.

Au-delà de sa conservation, si le patrimoine artistique doit être l’objet d’une transmission, c’est en raison d’une résonance qui perdurerait au-delà de son contexte. Une telle ambition doit se préoccuper de la réception esthétique des objets artistiques, qui influence les comportements culturels. La nécessité de l’action des pouvoirs publics résulte de la part essentielle que tiennent la sensibilité et l’imaginaire dans l’épanouissement de la personnalité, dans la construction d’un sens commun : le sensus communis des humanistes, fondement d’une identité collective. Or sans identité collective, il ne peut y avoir de projet collectif. Quel que soit le domaine de pratiques circonscrit par sa définition, la culture intervient comme le lieu où s’élabore et se vit le sentiment d’appartenance à la collectivité.

La politique, au sens large de la conduite des affaires collectives des hommes dans la Cité, est devenue opaque : d’abord livrée à l’économisme, elle subit aujourd’hui les caprices de la logique financière. Elle échappe ainsi à l’initiative de citoyens dépossédés de leur propre avenir. L’action culturelle et artistique n’a de sens qu’à la condition d’être inscrite dans une histoire politique où se pose la question de l’accomplissement de la démocratie. Et celui-ci, en tant que processus, ne peut s’envisager sans placer au centre l’exercice des droits de l’homme, en particulier celui de l’exercice de la parole. Laquelle est seule à même d’exprimer la fraternité qui est au cœur du projet républicain.

Que transmettre ?

« Notre héritage n’est précédé d’aucun testament » [1]. Cet aphorisme du poète René Char repris par Hannah Arendt dans la préface de 1954 de son livre La crise de la culture, pourrait servir de boussole et de carte au questionnement sur la place de la culture.

À l’issue de quatre années de résistance, Char voulait signifier que l’héritage était de l’ordre d’un imaginaire, d’une volonté, d’une tradition qui « choisit et nomme, qui transmet et conserve, qui indique où les trésors se trouvent et quelle est leur valeur »[2]. Ainsi le trésor a-t-il disparu, non en raison de circonstances historiques mais parce « qu’aucune tradition n’avait prévu sa venue ou sa réalité, parce qu’aucun testament ne l’avait légué à l’avenir »[3].

Pour le champ de la culture et de l’art, la raison n’est-elle pas que les héritiers, tout comme les acteurs, les personnages emblématiques, les militants inconnus et les artistes impliqués dans une aventure collective, ont été gagnés par une faiblesse de l’âme : l’oubli de ce trésor qu’ils avaient possédé et auquel ils n’ont pas su donner de nom ? Ce nom n’était-il pas celui de « bonheur public », si cher à la Révolution française, puis aux mouvements d’Éducation populaire ?

Sortir des logiques de communication et de l’événement

La politique culturelle s’est dangereusement banalisée et aseptisée dans une stratégie de communication et d’image de marque.

Le mouvement a débuté dans les années 1980, dominées par les valeurs de l’efficacité, de l’argent et de la vitesse. L’extase et le vertige ont masqué la profondeur de la crise économique, sociale et culturelle. Si la politique de Lang, du moins lors de son premier ministère a eu des effets très positifs, ceux-ci ne se sont guère prolongés sur la longue durée. Une politique n’est pas faite de la juxtaposition d’événements : les actions pour le livre, le patrimoine ou la musique… ne doivent pas se manifester une seule fois dans l’année. Or seul semble compter ce qui s’inscrit comme un éclair dans le firmament médiatique. On ne se pose pas la question des traces ; on ne s’interroge pas sur la manière de faire perdurer les effets. Un événement ne vaut, pourtant, que s’il se prolonge dans la durée et dans l’espace.

Une démocratie participative et culturelle

La démocratisation culturelle, comme accès du plus grand nombre aux œuvres, est aujourd’hui une visée insuffisante. Il n’existe pas de culture sans réelle appropriation et participation des personnes constitutives d’un groupe. La diffusion, au plus grand nombre, des œuvres légitimes se fonde sur la magie supposée de l’art et l’efficacité attribuée à la technique. Or on ne peut plus se contenter de poser le couple art/culture sans s’interroger sur leurs relations et leur articulation. Les notions d’art et de culture ne peuvent pas s’examiner dans la confusion ou l’opposition : l’art n’est pas subversif par nature ; la culture n’est pas nécessairement fédératrice et consensuelle. Leur articulation forme la condition d’un projet démocratique.

Il convient de réfléchir à nouveaux frais sur les pratiques artistiques et culturelles et en particulier celles des amateurs ; qu’elles soient de l’ordre de la peinture, de la musique ou du théâtre, elles ont toujours été considérées comme des pratiques mineures. L’idée de démocratie culturelle remonte aux années 1970. Il faut la retravailler pour donner, à chacun, les moyens de trouver son propre mode d’expression et de relation dans de multiples domaines de la vie : l’éducation, le travail, les loisirs… Aujourd’hui, il s’agit de mettre en place des actions artistiques et culturelles qui permettent à chacun de se construire dans une perspective où rationalité et sensibilité se combinent pour forger cet « Homme esthétique » dont le dramaturge Friedrich Schiller rêvait et qu’il conseillait à son prince de promouvoir à travers une éducation artistique.

Forger le trait d’union du Vivre-ensemble

Un projet politique qui prend au sérieux l’art et la culture doit dépasser la séparation culture/éducation populaire et les articuler dans une démarche conjointe et transversale. En outre, le phénomène artistique ne peut être réduit au rapport à l’œuvre. Il importe, par l’action culturelle, de redonner à l’art sa dimension relationnelle – donc politique, au sens citoyen du terme. Il incombe à la puissance publique de construire les conditions d’un partenariat entre les équipes artistiques et les populations. Cela passe par un développement, à tous les niveaux du système scolaire, d’une véritable éducation esthétique. Laquelle ne pourra s’accomplir pleinement que dans le cadre d’un travail coordonné avec les réseaux d’Éducation populaire.

Il est urgent de refonder l’union de la culture et du politique, union sans laquelle ce dernier ne peut accomplir pleinement sa mission. Ce n’est que dans l’alchimie d’un mariage de la raison et de la sensibilité que peut se réaliser un projet politique véritablement démocratique. L’enjeu est de permettre à chacun de se construire et de se reconnaître, individuellement et collectivement, dans une relation sensible et active au sein de l’espace public. Là où les hommes peuvent, ou doivent pouvoir agir en tant que citoyens.

Ce texte est consultable sur le blog qui lui est dédié, et qui  peut recevoir des commentaires et des prolongements :

http://devoirdeculture.over-blog.com

Voir également le blog de Jean-Claude Pompougnac, http://cite.over-blog.com/article-guetteurs-insolents-et-vigiles-intempestifs-98769433.html


[1] René Char, Feuillets d’Hypnos, Paris, 1946.

[2] Hannah Arendt, préface, La Crise de la culture, Gallimard, 1972, p.14

[3] Ibid. p. 14

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février 2, 2012 · 12:47